En direct du Wee Pub de Johannesburg
“Ce serait bien d’accueillir la France.” Dans le Wee Pub de Johannesburg, la tension monte. “Les joueurs de l’équipe de France, ce sont les premiers Africains à être champions du monde, c’est leur devoir d’être là en 2010″. Une bonne douzaine d’habitants de Joburg a bravé la pluie et le froid pour venir supporter les Bleus. Et enfiler une bonne dizaine de Whisky “on the rock”.
Le Wee Pub est, comme son nom l’indique, minuscule. Le nouveau propriétaire a agrémenté cet ancien bar écossais à la sauce africaine. Entre les poutres en bois foncé, on a accroché des peaux de bêtes en forme de bouclier zoulou, des billets de toutes les monnaies du continent sous cellophane, un drapeau namibien et un écriteau pour décorer : “Bureau de l’immigration. Rien à déclarer.” Ici, on vient des quatre coins de l’Afrique, mais avant tout “du ventre de notre mère”.
A la mi-temps du match retour de qualification des Bleus, on n’ose plus trop croire à la victoire. Tous les regards sont rivés sur l’écran plat, entre deux coups d’oeil inquiets sur la voiture de police qui fait sa ronde. L’unique fille du bar préfère regarder par la fenêtre. La pluie n’en finit pas de tomber. Sous son bob trop grand, elle s’ennuie. Elle reste indifférente aux interjections des mâles qui couvrent les commentaires : “Mais c’est quoi ton entraineur?” euh… je sais pas… “Et pourquoi Benzema est sur le banc?” Ah ben ça… je sais pas non plus. “Domenech doit être Irlandais, c’est pas possible. Il ne veut pas que la France se qualifie.” Ah, ben peut-être.
En Afrique du Sud, on ne lit pas l’Equipe. Ici on ne regarde pas le journal de 20h. Personne ne sait que Domenech est l’entraîneur le plus détesté de l’histoire de l’équipe de France. Mais bientôt tout le monde se met à l’évidence : “Si on était en Côte d’Ivoire, le président Gbagbo l’aurait déjà mis en prison. Je trouve que Sarkozy est un peu trop flexible.”
Et puis, à la 104ème minute, “the hand of God” est intervenue. La salle surchauffée par les vapeurs de whisky se divise en deux. Entre ceux qui crient que ce geste n’est pas digne d’Henry, qu’il met un terme à sa carrière internationale. Et ceux qui hurlent que c’est la loi “injuste” du monde. Eux, ce sont les désillusionnés. “C’est comme ça. On triche tous les jours mon ami. C’est la vie. Robert Mugabe non plus n’avait pas gagné les élections, et regarde, il est toujours au pouvoir!”
On n’en finit pas d’argumenter. Le geste de Thierry Henry a beaucoup plus de signification que vous ne le pensiez. “La Fifa c’est comme l’ONU maintenant. Les grands pays font leur loi.” Puis, la voix d’un sage s’élève parmi le brouhaha. “On va pas se plaindre à près tout. La France vient en Afrique du Sud. On n’a plus qu’à prier pour qu’ils gardent le même entraineur et même les Bafanas Bafanas pourront les battre! On prendra notre revanche de 1998!”
Alors, prions ensemble. Maintenant que le monde entier croit aux miracles…

