Vie de Maid

•10 décembre 2009 • 3 Commentaires

Madam and Eve

Hier, je suis allée à la laverie. Vie passionnante, n’est-ce-pas? Eh bien, en Afrique du Sud, c’est un évènement. Aller à la laverie quand on est Blanc, c’est un peu comme vouloir rentrer au Manouchka en baskets. Ca ne se fait pas. Je dirais même : c’est un crime.

Entre deux coups de fer à repasser à grandes vapeurs, la dame de la laverie, me lance des regards rouge feu, ne me parle pas, ne me répond pas quand je lui parle. Elle a un gros problème avec ma présence le nez dans la lessive.

Une Blanche, (riche par définition, hein, of course) qui ne donne même pas ses petites culottes au comptoir pressing de la laverie… c’est déjà un scandale. Mais, en plus, si elle vient mettre la lessive toute seule dans la machine, ça veut dire qu’elle n’a pas de MAID! Et ça, en Afrique du Sud, c’est pire que l’évasion fiscale.

Une maid, c’est intraduisible. Parce qu’en Français, “bonne à tout faire”, “domestisque de maison” ou ”femme de ménage à plein temps”… ben ça sonne beaucoup moins bien. Ici, quasiment toutes les familles blanches ont une maid. Presque toutes les maisons des beaux quartiers, ont un “cottage” dans le jardin, pour loger le personnel. A Johannesburg, de plus en plus de familles Noires de classe moyenne embauchent une domestique. Ca a d’ailleurs donné beaucoup d’idée très intelligentes à des instituts de sondages sociologiques “est-ce que les Blancs traitent mieux leur maid que les Noirs?” Bref…

Avoir une Maid, c’est contribuer à réduire le taux de chômage de ce pays (plus de 26%), c’est un peu comme cotiser à la Sécu. Demander à une dame qu’elle vienne nous aider à nettoyer la maison, c’est lui offrir Noel avant Noel. Même pour 15 euros la journée. Comme cette famille blanche de Cape Town, très attentionnée, qui ne part jamais en randonnée sans ses porteurs noirs. Ce n’est pas pour leur dos… “c’est pour leur donner du travail”.

Je n’ai rien contre embaucher du personnel de maison. Sauf quand on les paye 500 Rands par mois. Parce qu’après tout, ça fait bien d’avoir une maid, même quand on n’est pas bien riches non plus. Ca me pose problème quand il n’y a pas de sécurité sociale, et que lors des soirées, on me glisse : “dis t’aurais pas besoin d’une maid? parce qu’on déménage, et on sait pas quoi en faire. La pauvre, elle a 57 ans”. Au Consulat de France, je suis quand même tombée sur cette petite annonce : “Cède chien et Maid, pour cause départ”…

Il y a des “Madams” très bien. Regardez ma voisine. Jeune, dynamique, très ouverte, classe moyenne, elle a rénové le cottage d’Anna, sa Maid. Il est très beau. Anna s’était retrouvée veuve à 40 ans. Elle a du partir de sa petite ville au Nord, trouver du travail à Johannesburg. Elle peut envoyer un peu d’argent à ses trois enfants qui vivent tout seuls : 10, 12 et 16 ans.

A six heures, elle va promener les chiens de Madam, à sept, elle sort les poubelles, à huit, elle tond la pelouse, à neuf, elle fait la vaiselle… tout ça jusqu’à 17h30. Je ne sais pas combien elle est payée. Pas assez, en tout cas, pour aller rendre visite à ses enfants plus d’une fois par an, à 150 rands (15 euros) le trajet en minitaxi.

Je l’ai vue ce matin, elle n’arrêtait pas de sourire. Elle part demain. C’est bientôt Noël. Tout en s’occupant des chiens de Madam, elle m’a confié son inquiétude pour son fils ainé. Il fait l’école buissonière et tourne “Totsi” (gangster). Mais qu’est-ce qu’elle peut bien y faire? Après tout, elle le voit une fois par an. Qu’est-ce qu’elle peut bien lui dire? Elle n’a même pas de cadeau à leur offrir. VDM.

“Pas trop de trucs bizarres” chez les Afrikaners

•29 novembre 2009 • 2 Commentaires

Un jardinier, une femme qui s’ennuie et un mari qui rentre tard à la maison. Scenario classique, me direz-vous. Nos parents ont connu ça il y a bien longtemps. Et bien, en Afrique du Sud, la révolution sexuelle, ca se passe maintenant.  Le premier film pour adultes Afrikaner est sorti en l’an de grâce 2009. Et autant dire que les anciens colons, majoritairement Hollandais, ne sont pas très ouverts sur la chose. Dans Kwaai Nai (ne me demandez pas la traduction, c’est vulgaire), il ne fallait pas mettre “trop de trucs bizarres”, m’a expliqué le producteur, “pour ne pas choquer”. Je ne rentrerai pas non plus dans les détails des “trucs bizarres”. Mais bref, avec son jardinier et sa femme frustrée, Johan Greef, a fait la révoltion.

Il se promenait tout naturellement dans un sex shop de Johannesburg, lorsqu’il a surpris une conversation. Une dame Afrikaner, d’âge mûr, voulait offrir un cadeau à son mari : un film pornographique. Mais problème : le mari ne parlait pas anglais. La vendeuse, désolée, lui a expliqué que les films afrikaners pour adultes n’existaient pas. Et la petite dame est repartie, toute déçue. L’histoire ne dit pas ce qu’elle a finalement acheté à son mari.

Mais elle a offert à Johan Greef, producteur de films de mariage (si si), de rentrer dans l’Histoire. Il a publié une annonce de casting sur internet, et après huit mois, enfin, il a trouvé deux couples, qui voulaient bien tenter l’expérience. Et le petit Kwaai Nai est né.

Dans le pays, on rit et on pleure. Parce qu’il faut dire que ce n’est pas trop l’image que les Afrikaners ont donné jusqu’à présent. Ceux qui se considéraient comme les “élus de Dieu” au XVIIème siècle, sont partis à la conquête de l’Afrique pour trouver leur “terre promise”. Leur peuple afrikaner a longtemps vécu selon les préceptes de la Bible. Les mêmes versets ont servi à justifier le régime d’apartheid. Ca faisait un truc du genre : Dieu a crée des races. Donc il veut que nous les conservions. On se mélangera pas et il n’y aura pas de relations sexuelles interraciales. CQFD.

Johan Greef pensait, comme beaucoup, que les mentalités avaient évolué. Après tout, “les Afrikaners aussi ont des fantasmes et ne se sont pas reproduis par l’opération du Saint-Esprit”. Malgré les 2000 copies vendues, le producteur a vite déchanté. Il reçoit quotidiennement des menaces de mort, de ceux qui le désignent comme l’Antéchrist.

Il confie d’ailleurs, qu’il n’est pas prêt à recommencer l’expérience et va se consacrer entièrement à la production de films de mariage. Autant vous dire que le premier film interracial en Afrikaans n’est pas prêt, lui, à rentrer dans l’Histoire.

Et une idée me vient soudainement à l’esprit : “un producteur de films qui montre un jardinier et une femme adultère reçoit des menaces de mort”. Ca ferait un bon titre pour décrier le conservatisme de certains pays mulsulmans, non? Et bien, même en Afrique du Sud, personne ne le sait.

Ode à la Table Mountain

•20 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Elle domine la ville et surplombe l’océan. Majestueuse, la Table Mountain (la “montagne de la Table”) a stoppé net les colons hollandais au XVIème siècle dans leur course vers les Indes. Les Boers sont venus s’y réfugier, bousculés par l’océan en furie du Cap de Bonne-Espérance, et y fondé “la cité mère”, Le Cap.

Mélinda Fantou

La montagne, qui doit son nom à son sommet en plateau, a vu la cité portuaire se transformer en mégalopole de trois millions d’habitants. A ses pieds, les hommes se sont déchirés, exclus, ils se sont haïs puis réconciliés. Pour une question de couleur. Le pays en noir et blanc s’est transformé en nation arc-en-ciel. La montagne est restée digne. Il semble que la bêtise humaine ait glissé sur elle comme la brume dégouline lentement sur ses flancs chaque matin.

Devant elle, les quartiers de Sea Point et de Camps Bay étalent ostensiblement leurs richesses. Eldorado pour les touristes européens venus respirer le luxe à moindre coût. Repaire de la jet-set sud-africaine, qui sirote des cocktails au son de l’électro. Les palmiers se succèdent. Les plages se déroulent à perte de vue. Les surfeurs pataugent et les joggeurs battent le macadam. Leur regard est tourné vers l’horizon, en direction de Robben Island. Mais l’île au large du Cap où Nelson Mandela a été emprisonné dix-neuf ans de sa vie est noyée dans l’écume des vagues. D’ici on ne la voit pas.

Derrières les plages, les tours vitrées du Central Business District (CBD) rivalisent de hauteur, empiétant avec négligence sur les flancs de la montagne. A peine le soleil se cache-t-il derrière la Table Mountain que les bureaux se vident et les porteurs d’attachés-cases se ruent en grappent dans leur voiture fermée à double-tour. LEs minibus ralentissent leur va-et-vient incessant et bientôt le crépuscule étouffe le bruit des klaxons.

Si le Cap n’est pas la ville la plus dangereuse d’Afrique du Sud, la peur n’est jamais loin. Après 18 heures, les avenues du CBD deviennent un labyrinthe sombre et inquiétant. Les hommes d’affaires sont partis rejoindre leur banlieue aseptisée.

Melinda Fantou

Plumstead, Newlands, Groot Constantia, les quartiers blancs se suivent et se ressemblent. Les mêmes barreaux aux fenêtres, les mêmes alarmes, les mêmes tessons de bouteille sur les murs, et fils électriques aux portails. On sort rarement de son cocon de verdure luxuriante. Sauf pour aller au centre commercial.

A CHACUN SON GHETTO

Au-delà des maisons avec piscine, juste derrière le golf et l’aéroport, les townships s’étalent à perte de vue. On dit que ces ghettos sont les cicatrices de l’apartheid. Ils sont plutôt le témoignage d’inégalités tenaces. En 1966, le centre-ville a été déclaré “zone blanche” et 100 000 personnes ont été expropriées selon les codes raciaux : Indiens, juifs, anciens esclaves d’Asie du Sud-Est, métis, Noirs. A chacun son ghetto.

Melinda Fantou

Eventré par l’autoroute, écartelé entre les voies de chemin de fer et une rivière nauséabonde, Khayelitsha est le plus grand “township” de la péninsule. Deux routes le traversent, le reste est un dédale de ruelles terreuses. Les maisonnettes en taule, recouvertes par des bâches de couleur s’étendent sur plus de trente kilomètres. Officiellement, il y aurait 330 000 habitants, mais avec l’exode rural accéléré, ils dépassent surement le million. Drogue, sida, analphabétisme, chômage, on est bien loin ici des plages dorées de la côte. Et pourtant si près.

Dans les bars où l’alcool coule à flots, des pancartes rappellent que les armes à feu sont interdites et l’on commande ses bières à travers le grillage bosselé. Le week-end on sort les sonos et les barbecues, les voitures cylindrées et les jolies filles. Et à l’horizon, la silhouette de la montagne découpe le ciel azur de son contour acéré.

Article paru dans Jeune Afrique (n°2459, 24 février 2008) par Sophie Bouillon

Site web de Mélinda Fantou, journaliste indépendante basée au Cap

En direct du Wee Pub de Johannesburg

•19 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Tendai Mandimika

“Ce serait bien d’accueillir la France.” Dans le Wee Pub de Johannesburg, la tension monte. “Les joueurs de l’équipe de France, ce sont les premiers Africains à être champions du monde, c’est leur devoir d’être là en 2010″. Une bonne douzaine d’habitants de Joburg a bravé la pluie et le froid pour venir supporter les Bleus. Et enfiler une bonne dizaine de Whisky “on the rock”.

Le Wee Pub est, comme son nom l’indique, minuscule. Le nouveau propriétaire a agrémenté cet ancien bar écossais à la sauce africaine. Entre les poutres en bois foncé, on a accroché des peaux de bêtes en forme de bouclier zoulou, des billets de toutes les monnaies du continent sous cellophane, un drapeau namibien et un écriteau pour décorer : “Bureau de l’immigration. Rien à déclarer.” Ici, on vient des quatre coins de l’Afrique, mais avant tout “du ventre de notre mère”.

A la mi-temps du match retour de qualification des Bleus, on n’ose plus trop croire à la victoire. Tous les regards sont rivés sur l’écran plat, entre deux coups d’oeil inquiets sur la voiture de police qui fait sa ronde. L’unique fille du bar préfère regarder par la fenêtre. La pluie n’en finit pas de tomber. Sous son bob trop grand, elle s’ennuie. Elle reste indifférente aux interjections des mâles qui couvrent les commentaires : “Mais c’est quoi ton entraineur?” euh… je sais pas… “Et pourquoi Benzema est sur le banc?” Ah ben ça… je sais pas non plus. “Domenech doit être Irlandais, c’est pas possible. Il ne veut pas que la France se qualifie.” Ah, ben peut-être.

En Afrique du Sud, on ne lit pas l’Equipe. Ici on ne regarde pas le journal de 20h. Personne ne sait que Domenech est l’entraîneur le plus détesté de l’histoire de l’équipe de France. Mais bientôt tout le monde se met à l’évidence : “Si on était en Côte d’Ivoire, le président Gbagbo l’aurait déjà mis en prison. Je trouve que Sarkozy est un peu trop flexible.”

Et puis, à la 104ème minute, “the hand of God” est intervenue. La salle surchauffée par les vapeurs de whisky se divise en deux. Entre ceux qui crient que ce geste n’est pas digne d’Henry, qu’il met un terme à sa carrière internationale. Et ceux qui hurlent que c’est la loi “injuste” du monde. Eux, ce sont les désillusionnés. “C’est comme ça. On triche tous les jours mon ami. C’est la vie. Robert Mugabe non plus n’avait pas gagné les élections, et regarde, il est toujours au pouvoir!”

On n’en finit pas d’argumenter. Le geste de Thierry Henry a beaucoup plus de signification que vous ne le pensiez. “La Fifa c’est comme l’ONU maintenant. Les grands pays font leur loi.” Puis, la voix d’un sage s’élève parmi le brouhaha. “On va pas se plaindre à près tout. La France vient en Afrique du Sud. On n’a plus qu’à prier pour qu’ils gardent le même entraineur et même les Bafanas Bafanas pourront les battre! On prendra notre revanche de 1998!”

Alors, prions ensemble. Maintenant que le monde entier croit aux miracles…

Fashion Street dans les rues de Newtown, quartier tendance de Joburg

•7 novembre 2009 • 1 Commentaire
 
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